BKO QUINTET - "COMMENT ÇA VA ?"

Africa Festival 2014 : Gasandji

Souveraine, elle sait où elle va. Tantôt douce et mélancolique, tantôt puissante, sa voix claire ne craint pas de monter dans les registres aigus. Gasandji chante l’universel : l’amour, l’espoir, la douleur. En empruntant au jazz, au soul, au reggae et à la musique de ses ancêtres. « Je veux faire découvrir mon pays sans perdre des yeux mon ici et maintenant », dit-elle à propos de son premier album, paru à l’automne 2013, qui porte tout simplement son nom.

Cette Congolaise qui vit depuis de nombreuses années à Paris chante en français, en anglais et dans sa langue maternelle, le lingala. Après une première expérience de la scène en tant que chorégraphe, elle chante dans les chœurs  qui accompagnent des artistes comme MC Solaar, I AM et Cut Killer. Dans la carrière solo qu’elle entame à présent, elle se produit pour la première fois en Allemagne. C’est à elle que revient l’honneur d’ouvrir l’Africa Festival. Le must de la saison, murmure-t-on.

 

Africa Festival 2014 : The Jolly Boys

Ces papis cool jouent leurs morceaux de mento en se déhanchant allégrement. Souvent comparés au Buena Vista Social Club, les musiciens de Port Antonio proposent une musique jamaïcaine folklorique qui n’est autre que l’ancêtre du ska et du reggae. La plupart des musiciens du groupe faisaient déjà partie du groupe à sa création dans les années 1950. Ils sont aujourd’hui septuagénaires, voire octogénaires et ont toujours la classe !

« L’histoire de notre groupe montre qu’il n’est jamais trop tard », confie le chanteur Albert Minott, 75 ans. Ce n’est que récemment que les Jolly Boys ont à nouveau été catapultés sur le devant de la scène avec des reprises mondialement connues telles que Riders on the Storm des Doors et Ring of Fire de Johnny Cash, version mento. Banjos, guitares et bongos font groover ces musiciens à la fois improbables et incroyablement charismatiques. « Quand je chante, j’ai l’impression d’avoir 21 ans », continue Albert Minott. C’est la bonne attitude face à l’âge !

Africa Festival 2014 : Cheikh Lô

Cheikh Lô n’a pas son pareil pour métisser les musiques du monde : le mbalax, le latino, le reggae, le funk, le wassoulou, la pop et bien d’autres encore. Le crédo de cet artiste sénégalais : l’ouverture, l’abolition des frontières. En bonne logique, ses compositions évoluent sans cesse, jonglent avec les nouvelles sonorités, les influences culturelles, les rencontres avec les autres musiciens.

Sur scène, c’est un phénomène : habits amples et colorés, longues dreadlocks – signe de son appartenance à une confrérie soufi, car Cheikh Lô est une figure spirituelle. « Je ressens une paix intérieure intense ! C’est plus important que tout l’or du monde. » Tel est le message qu’il entend délivrer, quel que soit le style musical. Mais presque toujours avec force percussions et notamment les « tamas », ces tambours qui, autrefois, servaient à transmettre les nouvelles de village en village. Le message de Cheikh Lô pour l’Afrique ? Communauté, espoir, culture.

Africa Festival 2014 : Mayra Andrade

La voix est un peu rêche, comme le sable des îles du Cap-Vert. C’est ici qu’elle a grandi, dans l’océan, au large des côtes africaines. Mayra Andrade soigne son héritage créole. En puisant dans la riche tradition musicale de son archipel natal, faite de batuko africain, de fado portugais et de flamenco espagnol, elle a créé un nouveau son capverdien.


Avant de s’installer à Paris, Mayra Andrade a vécu au Sénégal, en Angola et en Allemagne. Née en 1985, elle sort son premier album à 21 ans. Entre-temps, elle a reçu de nombreux prix, notamment celui de la critique allemande du disque et le prix jeunes talents aux Awards for Worl Music de la BBC. Le style de Mayra Andrade tient de l’expérimental, la scène est son laboratoire. Les origines des musiciens qui l’entourent sont chaque fois une promesse de renouveau.

Africa Festival 2014 : Fatoumata Diawara

Inflexible et indomptable, cette chanteuse originaire du Sud du Mali n’a peur de rien. Son rêve d’une nouvelle Afrique, elle l’exprime à la face du monde dans des rythmes folk et funk : paix au Mali, à bas les mariages forcés et l’excision ! Soit dans des chansons tout en retenue, soit en bondissant sur scène avec une énergie débordante. Fatoumata Diawara veut entraîner et convaincre. Elle croit dur comme fer à la culture et à sa force : « Là où les hommes politiques échouent, les artistes ont une chance. »

Arrivée en France à l’adolescence, Fatoumata Diawara fait du théâtre et chante des ballades africaines dans sa langue maternelle, le bambara. Lorsque son pays est la cible de groupes islamistes, elle investit le champ politique.
L’année dernière, elle a ainsi rassemblé 40 musiciens maliens à Bamako pour hausser la voix contre le terrorisme. Elle écrit « Mali-Ko », une hymne à la paix pour son pays natal. En 2013, elle se produit au célèbre festival de Glastonbury. Lors du gala annuel Clinton Global Initiative, elle chantait avec le groupe The Roots.

Manu Dibango, génération désenchantée

18/12/2013 à 18:55 Par Georges Dougueli
 

 

Manu Dibango a fêté ses 80 ans le 12 décembre. Manu Dibango a fêté ses 80 ans le 12 décembre. © ISSOUF SANOGO / AFP

Son parcours, les errements du panafricanisme, les soubresauts du continent, sa nostalgie du Paris des années 1950... Le saxophoniste camerounais Manu Dibango se livre dans un ouvrage lucide et profond.

 

Que risque-t-on à dire enfin ce que l'on pense, quand on a atteint 80 ans, âge où les faux-semblants n'ont plus cours ? Octogénaire depuis le 12 décembre, Manu Dibango en profite pour vider son sac dans Balade en saxo dans les coulisses de ma vie (Éditions de l'Archipel), qu'il a écrit avec la complicité très prégnante de l'essayiste Gaston Kelman. Son autobiographie, Trois kilos de café, parue en 1989, nous avait fait connaître l'homme. Oh, pas sa grande carcasse, son crâne dégarni, son rire si particulier, ses sempiternelles lunettes teintées... Mais l'histoire de ce fils de fonctionnaire protestant, envoyé en France dans les années 1950 pour réaliser les rêves de la famille. Alors que son père l'attendait au pays avec une "valisette de diplômes", il l'a revu au Congo-Léopoldville (actuelle RD Congo), où, baccalauréat en poche, le baladin qu'il était devenu avait marché sur les traces de son maître, le Congolais Joseph Kabasele. Puis ce fut la Côte d'Ivoire, le Nigeria, la Belgique, le Bénin, le Togo...

 

Ce nouveau livre revient sur ce parcours mais, cette fois, avec une profondeur et une lucidité saisissantes, non dénuées d'une pointe d'amertume, telle la chronique désenchantée d'un optimiste déçu. Le panafricanisme ? "J'ai passé ma vie à courir derrière des constructions éphémères qui célébraient une construction africaine qui n'existait pas, reconnaît-il. J'ai été invité un nombre incalculable de fois à jouer lors des sommets de l'Organisation de l'unité africaine (OUA). J'ai vu la misère matérielle dont souffrait cette institution, qui n'a jamais eu les moyens de me faire venir avec mon orchestre. Je devais constituer chaque fois un nouvel orchestre avec les musiciens locaux, dont souvent aucun ne savait lire une partition."

 

Une époque où la culture n'avait pas de couleur

 

Unité africaine chimérique, mais aussi incapacité du continent à se prendre en charge : "J'ai connu les crises rwandaises, congolaises, tchadiennes. Les solutions venaient toujours de l'étranger", déplore-t-il. Et que dire des complexités du continent ! "Dans les années 1980, raconte-t-il, j'ai porté mon saxo au secours de l'Éthiopie. J'ai rassemblé des musiciens et créé une vraie dynamique au secours d'une nation africaine éprouvée. Quand nous sommes allés les voir avec l'argent récolté grâce au disque que nous ­avions réalisé pour leur venir en aide, j'ai cru voir dans les yeux de ces pauvres diables agglutinés dans des camps de réfugiés que c'était la première fois que des Noirs se portaient à leur secours. Mais j'ai aussi cru voir que cela ne leur faisait pas particulièrement plaisir. Seigneur ! Se faire aider par des Bantous quand on est descendant en ligne directe de Salomon et de la reine de Saba et qu'on n'a jamais été colonisé ! On est tombé bien bas !"

 

Le musicien garde la nostalgie d'une époque où la culture semblait ne pas avoir de couleur, où Paris était la capitale de l'élite noire américaine, où Miles Davis et Juliette Gréco pouvaient vivre une histoire d'amour qui leur aurait valu des ennuis outre-Atlantique, Paris qui a enfanté la négritude, la renaissance africaine et d'autres idées qui imprégnaient l'atmosphère à Saint-Germain-des-Prés... "Aujourd'hui, m'astreignant à une analyse comparative entre ces années et la période actuelle, je me rends compte à quel point les choses sont difficiles..."


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